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IRIS Prévention
27 janvier 2026
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« Un jour, ils vont s'apercevoir que je ne suis pas vraiment à la hauteur. » Cette petite phrase, beaucoup se la répètent en silence, y compris des personnes brillantes, reconnues, expérimentées. C'est la signature du syndrome de l'imposteur.

Douter de soi de temps en temps est sain. Mais lorsque ce doute devient permanent, lorsqu'on a le sentiment tenace d'usurper sa place, malgré toutes les preuves du contraire, il use lentement. Et il prépare souvent le terrain du burn-out.

La bonne nouvelle : ce mécanisme est aujourd'hui bien compris, et il existe des moyens concrets de desserrer son emprise. Encore faut-il commencer par le reconnaître.

1. Le syndrome de l'imposteur : de quoi parle-t-on ?

Décrit pour la première fois en 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes, le syndrome de l'imposteur désigne ce sentiment persistant d'illégitimité : l'impression de ne pas mériter sa réussite et de risquer, à tout moment, d'être « démasqué·e ».

Deux faits surprennent souvent. D'abord, sa fréquence : on estime qu'environ 70 % des personnes le ressentent à un moment de leur parcours. Ensuite, sa cible : il touche en priorité les personnes compétentes et exigeantes. Se sentir imposteur n'est pas un signe d'incompétence, c'est, paradoxalement, souvent l'inverse.

2. Le cercle vicieux qui épuise

Le cœur du problème tient en un engrenage, le « cercle de l'imposteur ». Face à une mission, l'anxiété monte. Pour la contenir, on adopte deux stratégies : sur-préparer à l'excès, ou repousser puis tout boucler dans l'urgence. La mission réussit. Mais au lieu d'en tirer de la confiance, on attribue ce succès à autre chose : la chance, les circonstances, l'aide des autres, ou « tout le travail que j'ai dû fournir ».

Conséquence redoutable : la réussite ne compte jamais comme preuve de compétence. Le doute reste intact, prêt à resurgir à la mission suivante. On peut ainsi enchaîner les succès pendant des années sans que la confiance ne s'installe jamais, un puits sans fond, épuisant à alimenter.

3. Le lien avec le burn-out

Ce mécanisme rejoint directement plusieurs routes de l'épuisement professionnel. Pour ne pas être « découvert·e », on travaille plus, on vérifie tout, on vise la perfection : le doute devient un moteur de surinvestissement permanent.

S'y ajoute une difficulté à accueillir la reconnaissance : les compliments sont systématiquement désamorcés (« ils sont juste polis »), si bien que rien ne vient recharger l'estime de soi. Doute chronique, surcharge auto-imposée et reconnaissance qui n'atteint jamais sa cible : c'est exactement le terreau de la perte du sentiment d'accomplissement, l'une des dimensions du burn-out.

Pour reprendre la main, il aide de mettre face à face la voix du doute et la réalité des faits :

Ce que dit la voix de l'imposteurCe que disent les faits
« J'ai eu de la chance, c'est tout. »On a été choisi·e parce qu'on en était capable. La chance ne se répète pas dix fois de suite.
« S'ils savaient vraiment, ils verraient que je ne maîtrise pas tout. »Personne ne maîtrise tout. Tout le monde apprend en avançant, c'est normal.
« Si je dois faire autant d'efforts, c'est que je ne suis pas à la hauteur. »L'effort est la condition de la compétence, pas la preuve de son absence.
« Ce compliment, c'était juste de la politesse. »Et si, pour une fois, c'était simplement vrai ?
« Je dois tout réussir parfaitement. »« Suffisamment bien » fait et livré vaut mieux que parfait et jamais terminé.

4. Désamorcer le doute : des stratégies concrètes

  • Nommer le phénomène : savoir qu'il porte un nom, qu'il est très répandu et qu'il touche les plus compétents réduit déjà son emprise. Ce n'est pas « moi », c'est un mécanisme connu.
  • Tenir un dossier de preuves : consigner par écrit les retours positifs, les réussites, les remerciements reçus, et le relire quand la voix du doute s'emballe. Les faits sont plus fiables que les ressentis.
  • Rééquilibrer ses attributions : après une réussite, se demander concrètement « qu'ai-je fait, moi, pour que cela marche ? ». S'attribuer sa part est un entraînement, pas de l'arrogance.
  • Accueillir les compliments : répondre « merci » et s'arrêter là, sans minimiser. Chaque fois qu'on désamorce un éloge, on conforte la croyance d'illégitimité.
  • En parler, surtout entre pairs : découvrir que des collègues admirés ressentent la même chose dégonfle le doute en quelques minutes. Le silence, lui, l'entretient.

Enfin, lorsque le doute s'accompagne d'un surinvestissement épuisant, d'une fatigue persistante ou d'une perte de confiance durable, en parler est précieux. Un bilan de santé permet de faire le point et de distinguer ce qui relève d'un état de fatigue de ce qui demande un accompagnement plus spécifique.

Pour aller plus loin

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  • Comprendre le burn-out : bien plus qu'une question de surcharge
  • Quand la passion devient un piège : le paradoxe du surinvestissement
  • La reconnaissance, ce carburant invisible
  • Le cynisme et le repli : la dimension cachée du burn-out
Ressources externes :

  • Clance P. R., Test et ressources sur le phénomène de l'imposteur (paulineroseclance.com)
  • INRS, Facteurs de risques psychosociaux : exigences et perfectionnisme (inrs.fr)
  • Santé publique France, Santé mentale et travail (santepubliquefrance.fr)

💡 Les tips à retenir

    • Le syndrome de l'imposteur touche jusqu'à 70 % des personnes à un moment de leur vie, et frappe surtout les plus compétentes. Se sentir illégitime n'a rien à voir avec l'être réellement.
    • Le piège, c'est le cercle de l'imposteur : chaque réussite est attribuée à la chance, aux circonstances ou au surcroît de travail, jamais à ses capacités. Les succès s'accumulent sans jamais nourrir la confiance.
    • C'est ce qui épuise : pour ne pas être « démasqué·e », on en fait toujours plus, on sur-prépare, on vise la perfection. Le doute devient un moteur de surinvestissement, droit vers l'épuisement.
    • Tenir un « dossier de preuves » : noter par écrit les retours positifs et les réussites concrètes, puis le relire quand le doute monte. Les faits sont un meilleur juge que la voix intérieure.
    • Accepter un compliment sans le désamorcer (« merci », point) est un entraînement puissant : chaque fois qu'on le renvoie (« oh, ce n'était rien »), on renforce la croyance d'illégitimité.

Sources et références

Clance P. R., Imes S. A., The impostor phenomenon in high achieving women (1978)

Clance P. R., The Impostor Phenomenon : le cercle de l'imposteur (1985)

Young V., The Secret Thoughts of Successful Women : les types de compétence (2011)

Bravata D. et al., Prevalence, predictors and treatment of impostor syndrome (Journal of General Internal Medicine, 2020)

Maslach C., Leiter M. P., Réduction de l'accomplissement personnel et burnout (2016)

INRS, Facteurs de risques psychosociaux : ce qu'il faut retenir (2022)

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